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Les poiriers des Jésuites

Les premiers explorateurs européens, ayant marché en Amérique à la recherche d'un passage vers l'Asie, retournèrent dans leurs pays d'origine plutôt déçus du territoire en apparence peu accueillant qu'ils y avaient découvert. N'ayant pas trouvé de minéraux précieux et rebutés par l'âpreté du climat, ils plièrent bientôt bagage, ne devinant pas toutes les richesses cachées du continent. Quelques années plus tard, ils revinrent sous les ordres de la France et tissèrent les premiers liens avec les Amérindiens, cartographièrent la région et s'aperçurent enfin du plein potentiel de ces terres inexplorées. Des compagnies chargées de faire le commerce des fourrures apparurent bientôt près des rives du Saint-Laurent. Cependant, le territoire que l'on nommait déjà « Nouvelle-France » demeura longtemps un simple comptoir commercial que quelques individus exploitaient ici et là au nom du Roi. En 1627, on fonda la Compagnie des Cent-Associés, qui avait comme principal objectif de favoriser la colonisation des terres canadiennes. La tâche se montra ardue. En effet, les colons étaient réticents à s'y rendre en raison de la longue et périlleuse traversée, des conditions de vie difficiles et des nombreux conflits avec les Amérindiens. Peu aidé par la France, qui n'y voyait sans doute pas assez d'intérêt, le peuplement de la colonie poursuivit sa lente progression. On accueillit en majorité de simples colons de peu de ressources à la recherche de meilleures conditions de vie. Bientôt, les premiers religieux, particulièrement des Jésuites désireux de convertir le plus grand nombre d'âmes possible, se lancèrent dans l'aventure. L'importante influence qu'ils avaient sur les divers dirigeants était considérable. Reconnus comme des gens instruits et de qualité, ils construisirent les premiers hôpitaux et les premières écoles du territoire américain, alors accessibles aux colons comme aux Amérindiens de tribus alliées. Pour favoriser le peuplement et tenter un développement économique, on fit venir au pays un intendant : Jean Talon. Pendant son mandat, la population s'accrut considérablement, grâce à ses politiques et aux envois d'hommes plus substantiels de la France. La Nouvelle-France se développa ainsi sous le contrôle des Français jusqu'en 1713, année où fut signé le traité d'Utrecht, qui octroyait aux Anglais une première part du territoire. Cet événement marquait le début du déclin de l'empire français en terres canadiennes. Avec le traité de Paris, en 1763, les Anglais connurent une écrasante victoire et le visage de la Nouvelle-France en fut transformé à jamais.

Fiches

La famille


La famille, au temps de la Nouvelle-France, était semblable à celle des temps modernes. Elle consistait en un couple et leurs enfants, souvent très nombreux. Cependant, il pouvait arriver qu'elle s'agrandisse pour accueillir certains proches dans le besoin, par exemple une veuve ou des orphelins. En raison des conditions de vie difficiles, il n'était pas rare que l'un des deux conjoints meure prématurément.







L'époux éploré, avec plusieurs enfants sur les bras, devait alors tenter de se remarier au plus vite pour assurer un foyer décent à sa progéniture. Une famille moyenne comptait environ huit enfants, dont un peu plus de la moitié survivait généralement jusqu'à l'âge adulte.


Le rôle de la femme


La vie de la femme de condition modeste, aux débuts de la Nouvelle-France, n'était pas de tout repos ! En plus d'aider son mari au travail dans les champs, elle devait chaque jour se charger des repas, veiller à l'entretien du logis et s'occuper de ses enfants. Dans la plupart des foyers, après quelques mois de vie commune, la femme tombait normalement enceinte. Malgré sa condition, elle continuait de vaquer à ses occupations habituelles jusqu'au tout dernier moment de sa grossesse.







Après quelques années, heureusement, les enfants pouvaient commencer à aider leur mère afin d'alléger un peu sa tâche.


Le mariage


Fortement encouragé par les autorités afin de favoriser le peuplement, le mariage était l'état civil de la plupart des adultes de la Nouvelle-France. À cette époque, où la vie quotidienne était synonyme de dur labeur, il était assez difficile de vivre seul, autant pour l'homme que pour la femme. Les familles devaient s'autosuffire la plupart du temps, le commerce étant presque inexistant aux premiers temps de la colonie. Contrairement à la croyance populaire, les mariages arrangés n'étaient pas règle générale.







On se fréquentait entre gens de même classe sociale, en laissant le choix de leur partenaire aux jeunes gens, sous l'étroite supervision tout de même de la famille, qui devait approuver la future union.


Le nouveau-né


Une naissance était, dans la plupart des cas, considérée comme un événement heureux chez les habitants de la Nouvelle-France. Cependant, l'enfant ne bénéficiait pas de toute l'attention prodiguée aux petits des temps modernes. En fait, on disait que le nouveau-né ne pouvait pas voir ni entendre et qu'il n'éprouvait pas la moindre sensation, sauf la faim. On le traitait donc un peu comme un objet, que l'on suspendait même parfois dans les pièces communes dans des espèces de sacs en tissu. La mère était alors la seule à s'en occuper, le nourrissant quand la faim le prenait.







On commençait à s'intéresser vraiment à l'enfant dès qu'il se mettait à émettre des sons ou à se déplacer.


Les enfants


En raison de l'horaire chargé de leurs parents, les enfants de la Nouvelle-France commençaient à aider aux travaux intérieurs ou extérieurs très tôt, soit vers l'âge de cinq ans. La petite fille s'occupait des plus jeunes et aidait aux tâches ménagères, tandis que le garçonnet apprenait le travail manuel avec son père. On permettait très peu à la fillette de sortir de la maison, tandis que le petit garçon pouvait courir et s'amuser librement dès qu'il avait un moment de temps libre.







L'éducation était alors un privilège auquel les enfants de condition modeste n'avaient pas accès. Ils se contentaient donc généralement d'apprendre à vivre de la même façon que leurs parents avant eux.


La vie commune


Lorsqu'un mariage était contracté et que les deux époux commençaient leur vie commune, tous les biens étaient gérés exclusivement par le mari. Celui-ci avait, par ailleurs, l'autorité absolue chez lui, où il régnait en maître. L'Église recommandait d'ailleurs à la femme de considérer son conjoint comme son supérieur et de se soumettre à sa volonté.







Dans la plupart des cas, cependant, un respect mutuel se créait entre eux, l'homme appréciant la part de travail prise en charge par son épouse et l'entretien du foyer, la femme jouissant d'une certaine sécurité financière assurée par son mari.


La séparation


Outre la mort de l'un ou l'autre des époux, peu de choses pouvaient briser un mariage. En fait, même lorsque son mari se révélait infidèle, la femme n'avait pratiquement aucun recours et devait passer l'éponge avec complaisance. Un homme trompé pouvait, quant à lui, demander la séparation ou intenter un procès à la femme pour adultère. On pouvait réclamer la rupture du mariage si l'un des deux époux était atteint de folie, dilapidait les biens communs, commettait un délit, ou encore lorsque le couple n'arrivait pas à concevoir un enfant.







Les requêtes de séparation étaient traitées une à une par un tribunal qui donnait son accord ou encore obligeait les mariés à demeurer ensemble.


La maison


La majorité des gens de la Nouvelle-France vivaient dans de petites maisons de bois ou de pierres, que l'on blanchissait à la chaux. La plupart des habitations ne comprenaient qu'un seul niveau, sauf souvent chez les marchands, où la boutique se retrouvait au rez-de-chaussée et les appartements à l'étage. L'élément central de la maison était définitivement le foyer, qui servait autant à préparer les repas qu'à se réchauffer pendant les longs mois d'hiver.







On se contentait généralement d'une pièce centrale et d'une chambre à coucher très sommaire, où l'on plaçait un lit avec matelas de plumes et des paillasses au sol pour les enfants.


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