Le fantôme de l'avare
Dans le Québec rural du début du XXe siècle, certaines traditions de solidarité occupaient une place importante dans les moeurs villageoises. Ces pratiques charitables, auxquelles se sont substitués les programmes sociaux alors à peu près inexistants, étaient encouragées par l'Église. C'est ainsi que chacun se faisait un devoir d'accueillir le « quêteux » lors de son passage dans le village, lui offrant nourriture et hospitalité. En échange de ces bons soins, le « quêteux », qui souvent avait voyagé, racontait des histoires à ses hôtes et leur donnait des nouvelles des villages avoisinants. À l'époque, il était quasi impensable de ne pas ouvrir sa porte à un mendiant, d'autant plus que celui-ci, disait-on, avait le pouvoir de jeter un sort à qui lui refuserait l'hospitalité.
La légende du Fantôme de l'avare s'inspire d'un thème maintes fois exploité dans la littérature, celui de l'avarice. Cette particularité de caractère s'incarne ici dans le personnage de Jean-Pierre Beaudry, un revenant qui doit racheter sa pingrerie pour pouvoir gagner son ciel. Considérée par l'Église catholique comme un des sept péchés capitaux, cette tare a laissé sa trace dans de nombreuses fictions. Par exemple, on n'a qu'à penser au Picsou de l'univers de Donald Duck, ou à Harpagon, le bourgeois dans L'Avare de Molière.
De loin l'avare le plus célèbre au Québec, c'est cependant Séraphin Poudrier qui devint la figure emblématique de la pingrerie, à tel point que son nom est maintenant utilisé pour qualifier quelqu'un de cupide. Née en 1933 sous la plume de Claude-Henri Grignon, l'histoire d'Un homme et son péché connut un grand succès. Le roman inspira d'ailleurs une série télévisée, Les Belles Histoires des pays d'en haut, avant d'être adapté au cinéma, en 2002.